Jérémie Van Rompu

photo: bruno besche-commenge

 

Chez le peintre Jérémie Van Rompu

...et me voici dans le camp de l'artiste entouré par ses toiles comme les wagons des pionniers au wild west entourant une petite bande désespérée. Avec quelle sauvagerie il défend son espace tout en étant pleinement, de manière désarmante, ouvert. Paradoxe. Et une bande pas si petite: les ours les singes les chevaux les bambis les chiens les corbeaux, ces gens-là courent autour des caravanes, des chaises, des grues, des bâtiments, se perdent dans les ténèbres, un caddie et d'autres tous en train de virevolter dans l'espace imaginaire d'un prestigidateur sur les 2D de la toile.
Et c'est à cette habileté de manipulation des éléments plastiques parfois nocifs, la térébenthine, l'huile, l'acrylique, avec lesquels il crée un espace artificiel qui résonne, que l'on reconnnaît la qualité du peintre. Parce qu'il me semble, il faut le dire, que l'artiste met en oeuvre un dérangement des sens du regardeur le temps du face-à-face avec l'oeuvre. Qu'il ou elle met en marche un piège qui fait que, en regardant le tableau la vie s'arrête un moment sur son passage banal vers la tombe, et c'est cette petite pause qui donne le battement du coeur, le frisson des poils sur la nuque.
Dans ce sens-là on peut dire que l'art c'est un jeu de la vie ou la mort. Jeu? Oui parce qu'il faut un savoir-faire quand même, un savoir-faire qui opère sur la frontière des perceptions, comment les gens reçoivent la sensation dite vivant et la sensation dite mort. On a introduit dans le monde une troisième catégorie - la machine. Pour un enfant est-ce que les grues, les camions des pompiers sont des êtres vivants ou non?
Van Rompu s'intéresse, et c'est chose bien faite, aux machines de la vie quotidienne, un caddie de supermarché resplendit dans son collier de fourrure orange, les poteaux électriques marchent insouciants comme les mannequins de mode à travers le paysage, les excavateurs font leur travail de destruction/création dans nos villes.
Mais il s'intéresse aussi bien à ses hoboleux dans une espèce de cirque troublant comme ce singe avec le flingue, des bambis charmants et encore vierges mais plus pour très longtemps, des chaises qui tournent (pas encore électrifiées mais ça on attend, peut-être avec le pape dedans!) Evidemment Van Rompu patauge dans la même boue que nous tous, la matière indifférente à nos espoirs, mais parfois il s'envole comme un dragon et lâche avec son haleine furibonde et multicolore une empreinte sur la toile de l'univers parallèle de l'imagination qu'animent, déguisées, nos propres vies.