mmfr

 
 Mau Mau Opéra –
Présentation  - Version française
 
UK © Reg. No. 284652685
France SACD 000018138
 
Arrière-plan historique
1953. Le Kenya – colonie britannique – était en état de rébellion. Les indigènes utilisèrent au plus haut degré leurs ressources traditionnelles y compris le pouvoir des forces invisibles. L’armée britannique inventa des techniques spéciales pour combattre la résistance à la domination coloniale. De petits gangs de loyalistes Kikuyu, des rebelles qui avaient changé de camp et quelques Britanniques particulièrement habiles étaient déguisés en rebelles et lâchés pour le grand jeu, infiltrer et tuer. Ces patrouilles de sécurité étaient appelées pseudos ou contre-gangs.
 
Bref résumé
Pendant la rébellion, Mj’agua, jeune homme à la destinée incertaine, se fait enrôler par la faute de Kioni, une femme de la ville, dans une patrouille des forces de sécurité britanniques commandée par Jensen. Mais les choses tournent mal et la loyauté de M’jagua se révèle fragile. Il est exécuté par un chef rebelle, qui est tué à son tour par un groupe de villageois sous la direction de Jensen, touché par la mort de  M’jagua.
 
Note d’intention
Certaines choses arrivent auxquelles vous ne pouvez pas dire non. Quand je suis tombé sur une photo d’un gang d’hommes, dont une femme, dans une forêt brandissant des armes d’un geste théâtral, habillés de vieilles fripes et - regardez bien la photo - les visages noircis, j’ai dit OPERA. 
J’ai grandi à Notting Hill, à Londres – époque d’émeutes raciales – scène du fameux Carnaval* – ma mère était violoniste professionnelle. Du pub de l’autre côté de la rue nous parvenaient les chants des Irlandais buvant leur paie sans compter. Dans mon lit, la tête sous l’oreiller collée à la radio, j’écoutais la Voix de L’Amérique – le jazz. Chaque novembre, à peu près à la date où le gang du Kenya a été pris en photo, je remplissais de papiers journaux et de vieux vêtements le mannequin fabriqué pour être brûlé dans la nuit du 5, la « English Bonfire Night »**. Quelques-uns de ces vêtements venaient de pauvres hères, de vagabonds, de vétérans abîmés, de fous qui traînaient dans notre quartier et, bien entendu, de Noirs.
Voilà pour l’arrière-plan. Je commençai à écrire dans une langue qui pourrait habiter l’espace théâtral sous forme de fragments, répétés et soutenus par la musique – utiliser la théâtralité de l’opéra pour créer une langue dense à la sonorité rythmée et allusive. Avoir la liberté de faire une performance théâtrale sous-tendue par les couches profondes du cerveau. Montrer quelque chose de l’emprise de la panique, des besoins urgents de personnes dans le malheur. Montrer qu’une des raisons pour lesquelles les soldats ne parlent pas est qu’ils ont vu la dignité humaine bafouée au-delà de l’entendement.
Une autre idée était qu’à l’opéra les mots sont là pour amplifier le jeu, l’interprétation du chanteur plutôt que pour être suivis minutieusement par le public. On pourrait parler d’une sorte de glossolalia ou de « speaking in tongues » . Je réfléchis actuellement à une version sur-titrée en français.
Ce travail ne peut prendre vie sans le travail et l’inspiration d’un compositeur. Par conséquent et dans la mesure où l’écriture est directement concernée – comment le texte est enroulé, répété et à plusieurs voix – je ne peux pas deviner ce qu’un compositeur  en sortira, mais naturellement j’ai donné quelques indications, et dans le secret de mon coeur j’ai même chanté un peu ! L’ensemble durerait au minimum cinquante minutes.
 
* Carnaval initié en 1959 par les immigrés noirs issus des Caraïbes et devenu aujourd’hui le 2e carnaval du monde après celui de Rio.
** Grande fête populaire avec feux d’artifice et mannequins de papier brûlés, commémorant la tentative manquée de Guy Fawkes le 5 novembre 1605 de faire sauter le Parlement et le roi Jacques Ier, en réaction à la répression contre les catholiques.
 
 
 
 
Personnages 
Jensen – Un capitaine de l’armée dans sa vingtaine. Quand les autres vont boire, il court sur la plage. Noble sans être pédant. Issu d’une famille de modestes propriétaires dans l’ouest du pays. Il aime bien les chevaux.
Watchman – Un leader Mau Mau dans sa trentaine. A combattu en Birmanie pour les Britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale. Radicalisé par le chômage après que les Blancs ont renvoyé son peuple à la terre de ses ancêtres. Il vit comme un hors-la-loi.
Morris – Un civil d’à peine 20 ans. Un Kenyan blanc. Parle le Kikuyu depuis l’enfance. Son père était prisonnier de guerre et adolescent il s’occupait du bétail de la ferme familiale. Il s’engage dans la Branche Spéciale de la police pendant la rébellion. Il est à sa façon un révolutionnaire – il pourrait imaginer un putsch des forces loyales victorieuses avec lui l’homme blanc en figure de proue.
Marion – Une femme colon entre 25 et 30 ans. Pour échapper à sa famille du sud de Londres elle entra pendant la guerre dans la WRAF (Women's Royal Air Force), où elle rencontra son mari, un pilote, qui avec sa gratification de guerre  l’emmena s’installer au Kenya. Ils montèrent un magasin de radio à Nairobi. Elle perdit la raison après avoir été témoin de l’assassinat de son mari par les rebelles.
Kioni – Une femme de la ville dans sa vingtaine, vive, politiquement astucieuse. A dû quitter la campagne pour Nairobi afin d’envoyer de l’argent à sa famille. Fait du mieux qu’elle peut et gère la propriété où vit son locataire, M’jagua. 
M’jagua – Tout juste 20 ans. Instruit grâce aux missionnaires, son éducation élémentaire lui donna envie  de découvrir la ville. Peut faire de petits tours de prestidigitation et a travaillé brièvement dans l’atelier de réparation de Marion où il a développé son goût pour la « dance band music ». Aimable et de caractère joueur, il prend la vie comme une série de cadeaux inattendus – pour le meilleur comme pour le pire.
Falkirk – Un policier de la Branche Spéciale âgé entre 30 et 40 ans, sensible au sentiment religieux. Un interrogateur professionnel qui apprend vite à utiliser les méthodes extrêmes qu’il associe à du « nettoyage ». Il voit les sorciers des villages indigènes  comme ses rivaux et est envieux de la dimension religieuse de leur « magie ».
Homme radio sans paroles.
 Chorus  - différents individus de la rue et des villages, des conscrits britanniques, des rebelles, des fantômes.
 
 
Argument
 
Acte I
 
Scène 1 – Une rue au centre-ville de Nairobi, la nuit. Le contexte est présenté. (8 pages)
 
Scène 2 – Intérieur. Marion  tout en pleurant son mari donne un des vestons de celui-ci à Morris qui a reconnu en Kioni une camarade de jeu de son enfance. Morris et Kioni sortent ensemble. (9 pages)
 
Scène 3 – La rue. M’jagua entre en scène et nous prenons connaissance des lois d’exception du gouvernement. (5 pages)
 
Scène 4 – Intérieur. Premières lueurs du jour, Morris et Kioni au lit. Morris la paie en balles, les fourre dans la poche du veston du mari de Marion et sort. Entre M’jagua, locataire de Kioni, à qui celle-ci donne le veston. Par ce geste, elle le met sciemment en danger, pariant avec insouciance sur sa capacité à saisir la chance. (5 pages)
 
Scène 5 -  M’jagua sort dans la rue et trouve Morris se faisant passer pour un motard en difficulté. M’jagua, impatient de montrer ses compétences, enlève son veston pour l’aider et Morris découvre les balles. Un chœur de citadins entre et souligne le dilemme de M’jagua. Sous la menace il accepte de travailler pour les forces de sécurité. (12 pages)
 
Scène 6 – Marion travaille pour la propagande gouvernementale et divertit les militaires. Un barrage routier est monté. Falkirk, Jensen et Morris sont présents.  Des indicateurs cagoulés sont utilisés pour filtrer la population. M’jagua, reconnu par son veston, est discrètement écarté et embarqué dans un camp militaire. (15 pages)
 
Scène 7 – M’jagua se fait battre tandis que le pseudo-gang s’entraîne. Jensen le remarque et éprouve envers lui une certaine sympathie. Il en fait un membre du pseudo-gang. (10 pages)
 
Scène 8 – Watchman intervient secrètement et menace Kioni pour faire chanter M’jagua. Ce dernier accepte de trahir le peudo-gang lors d’une prochaine patrouille. Entre-temps Marion et Falkirk qui étaient à un bal des colons du voisinage sont appelés pour l’action. Ils rejoignent Morris, Jensen et M’jagua vêtus de leur déguisement de pseudo-gang.  Ils s’en vont, chantant et dansant, dans la nuit. (10 pages)
 
Acte II
 
Scène 1 – La forêt, la nuit tombe. Le pseudo-gang installe son campement, c’est un lieu magique - envoûtés, hallucinés tous commencent à perdre conscience de leurs identités. Kioni qui les avait pistés prévient Watchman qui, déguisé en léopard, exécute une danse chamanique. (8 pages)
 
(Les chefs du pseudo gang rentrent dans leurs sacs de couchage et réapparaissent avec des masques d'eux-mêmes qu’ils passent à leurs voisins. A côté de M’jagua, Jensen dort une mallette à ses pieds.)
 
Scène 2 –  Un petit studio délabré à Londres. Watchman sort après avoir passé la peau de léopard à M’jagua. M’jagua se gonfle et rêve de gloire. Il vole la mallette de Jensen. Ce geste fait douter Kioni de M’jagua et elle tente de raffermir son engagement. (10 pages)
 
Scène 3 -  La forêt. Kioni et M’jagua sortent du studio et partent rejoindre le camp rebelle. M’jagua est maintenant habillé en chef rebelle. Ils sont observés par Morris qui dirige le reste du pseudo-gang dans l’infiltration des lignes rebelles. (4 pages)
 
Scène 4 -  Le camp rebelle. Watchman fait son discours, exhortant sa bande à se méfier des chefs instruits. Kioni et M’jagua arrivent. M’jagua s’oppose à Watchman. Un avion lâche des tracts de propagande gouvernementale. La dispute entre Watchman et M’jagua atteint son paroxysme. Ils règlent leurs comptes.  Une bombe tombe et disperse tout le monde. (14 pages)
 
Scène 5 – Le champ de bataille et ses abjections. Marion et Falkirk meurent ensemble explosés par une seconde bombe. M’jagua, atterré par ce qu’il a vu, rompt avec tous ses engagements. Mais Watchman qui a deviné sa volte-face décide de le tuer. (8 pages)
 
Scène 6 – Une banlieue de Nairobi. Les rebelles attrapent M’jagua et lui tirent dessus. Mais il ne meurt pas immédiatement. (14 pages)
 
Scène 7 – Jensen arrive avec le chœur et trouve M’jagua. Kioni est arrêtée mais protégée par Morris. M’jagua meurt dans les bras de Jensen. Ce dernier appelle les villageois à nettoyer le secteur. Ils massacrent Watchman.
 
Ends
 
Note de l’auteur
Adolescent dans les années soixante à Notting Hill (Londres), quartier légendaire de cette époque.  J’ai suivi un parcours rocambolesque avant d’être piégé par une carrière respectable en tant qu'artiste visuel. Installé en France depuis quelques années, l'écriture a pris le dessus (ce que je savais qu'elle ferait), de sorte que j'ai mis les brosses de côté. Ainsi j’ai publié de la Franqui à Ramonville  texte de l’exposition du même nom et comment j’ai débusqué les bêtes (my way of loving beasts) livre d’artiste.
Après avoir terminé mon libretto « mau mau – the opera » j'entreprends  une trilogie autour des événements  qui ont eu lieu à Bordeaux en juin 1940 : « heavy water »
 
 
Sources
Chaplin le fait et nous rions. Les soldats le voient et ne parlent pas. À Bradford en 1985, un incendie enflamme le stade de football. J'ai vu un homme en manteau court  au milieu du terrain en train de se battre contre sa tête en feu. Tapant sa tête avec ses mains. Il avait l'air ridicule qu’ont les gens dont la dignité a été anéantie par, par exemple, des munitions. Sur Internet, un clip de Tchétchénie, on tire sur un soldat russe, il est tué - et l’air qu’il avait en trébuchant et glissant sur une piste boueuse : ridicule.
Notes personnelles – 2009
 
« … en face du conducteur, et un tas de corps qui ressemblait – chaque chose, tout, les gens les objets, donnaient l’impression qu’ils étaient destinés à être là, dans cette position dans cette scène à ce moment précis – c’était un sentiment très étrange, et que la plupart des gens étaient… - tous leurs habits avaient été enlevés, et j’essayais de comprendre ce qui avait pu se passer, et là, à ma gauche, sur la banquette, on aurait dit quelqu’un qui tombait lourdement, qui j’ai cru… je ne pouvais pas voir sa tête ni son visage ni si c’était un homme ou une femme, mais j’ai cru voir que cette personne était décapitée et alors j’ai perdu un peu la raison – J’essayais de ne pas accorder trop d’attention à ce que je voyais mais plutôt de rester concentré sur quelque chose d’autre et attendre. »
Témoin de l’enquête du Coroner – The London bombings 2007
(Les italiques sont de M. Hilton.)
 Livres (édités à Londres, sauf indication)
2010    Dreams in a time of war
Ngugiwa thiong'o      
Panther Books New York
 
2000    Tales from the King's African Rifles 
John Nunneley           
Cassell & Co
 
1998    Mau Mau memoirs    
Marshal S. Clough     
Lynne Rienner
 
1990    The comforts of home
Luise White    
University of Chicago Press
 
1990    Separating the men from the boys
Luise White    
Boston University African studies centre
 
1979    We fought for Freedom           (Tulipigania Uhuru)
Gulu G. Gikoyo         
East African publishing house Nairobi
 
1970    Mau Mau from within
Donald L. Barnett & Karari Njama
Modern Reader Paperbacks New York
 
1960    Gangs and counter-gangs
Major Frank Kitson
Barrie & Rockliff
 
1955    The African awakening          
Basil Davidson
Jonathan Cape