Présentation sous coffret de carton de 12 lithographies tirées sur Vélin d’Arches 200gr au format 50/32,5 cm et 1 à 75/32,5 accompagnées chacune de textes originaux en anglais de Matt Hilton (traduction disponible).
Tirage à 35 exemplaires plus 5 exemplaires hors commerce numérotés épreuves d’artiste.
Tous les portfolios sont signés de la main de l’artiste.
Tirage effectué par Philippe Parage au l’atelier de lithographie de la Guinguette. prix450 euros
Texte de présentation de Christine Belcikowski
Il pourrait s'agir d'une autre version d'Alice au pays des merveilles, j'imagine celle du Lapin blanc, s'il racontait pourquoi il a si peur d'être en retard au rendez-vous de l'horloge sans aiguilles, et s'il disait ce que les bêtes convenables ne disent pas, ou, mieux encore, s'il avait trouvé le moyen de dire ce qui demeure proprement indicible et que pour cette raison il faut taire.
Qui cherche trouve. Il y faut l'oeil et la patience de celui qui parle dans comment j'ai débusqué les bêtes, non point le Lapin Blanc mais le Serpent Combattant. Ce « serpent » les a, et il en use pour débusquer la vérité des bêtes, comme Aristote en use pour « débusquer la vérité » tout court. Y a-t-il une différence entre la vérité ?
mais alors (dit le serpent combattant et la voix grave en solo)
Le dit Serpent, qui a lu Yeats et autres animaux d'engeance pareille, s'étonne tout comme eux d'avoir à se tenir, une fois que « l'échelle a été tirée », « là où commencent toutes les échelles / dans le fétide magasin de chiffons et d'os », ou encore dans le « charriot de chiffons et d'os » qui fait « clic-clac » ailleurs en roulant sur « la plus au nord la plus caillouteuse route », vers les « fours ».
car de luxe
ressorts d'acier sautant
lèvres secousses
cheminées des fours
Chiffons et os brûlent dans les cheminées comme lèvres amoureuses dans le car de luxe. Ou l'inverse. Il y a de la transgression, et du memento mori, - « des limaces désespérant / frottant leurs linceuls » -, dans les mots du sexe au bord des cheminées. Il y a du sauve-qui-peut aussi. Après l'amour, on mange, dans Comment j'ai débusqué les bêtes. « Du saumon ? A mon plus grand bonheur, elle répondit : - Comment ? Frais ou fumé ? »
Disant le moins pour dire le vrai, le Serpent serre jusqu'à l'étrange l'observation de la récurrente activité à quoi s'emploient sexuellement les bêtes, i. e. les animaux-machines. Raccordement de la tuyauterie, « cric-crac crocodilique/dactyle tactile » de la machine en action, puis mise au repos des pièces mécaniques : « Alors, fier du travail accompli, je remontais habilement mon/ pantalon sur l'outil ».
L'étrangeté se confond ici avec le divers de la sensation, l'indifférente proximité du bon et du nauséabond, du boire et du manger, du goût de « ta gnôle or » et du goût des « macaronis au gratin ».
Quand le Serpent desserre un peu la foudroyante nominalité de ses notations, il s'offre en passant le plaisir louche d'une métaphore façon Schéhérazade, mais parodiée et subvertie :
Une dame ouvrit son manteau
C'était dans les Jardins
de derrière
Ou bien il ménage la surprise d'une scène à la Buster Keaton, dans laquelle, tandis que s'ouvre « la PORTE », celle du « Paradis »,
Marion la mère de Smiffy
< c'est quoi tout ce boucan >
en chemise de nuit transparente...
ou encore
elle avoua qu'elle n'aimait pas ma façon d'embrasser...
La part du coeur fou qui robinsonne, dans comment j'ai débusqué les bêtes, ne s'explicite pas.
Elle tremble toutefois dans l'humour désespéré de celui qui commençait à « porter deux chapeaux sur la tête » et qui disait que « c'était la même chose que de porter des chaussures à semelles compensées ».
Elle tremble aussi dans le souvenir des « lumières vertes, rouges des avions militaires, virevoltant telles d'étranges pierres précieuses » dans la nuit étoilée, puis dans l'évocation de « la fumée qui flotte au-dessus de nous », après l'étreinte ; ou encore dans le rappel des « placards de sa cuisine », possiblement remplis de « mets prodigieux », que l'on peut partager.
Des souvenirs qu'il rassemble dans comment j'ai débusqué les bêtes, le Serpent tire une sorte de patience de la vérité.
Ses mots toutefois rendent compte d'une vérité nouée. Il y a simultanément la vérité des « belles choses » ou de celles « qui méritent l'approbation », et la vérité de « la queue du poisson, frétillante, frétillante » et aussi
les talons des vaches
piétinant la foule
D'où pas de différence entre la vérité.
Terme provisoire de la « dérive » endurée dans le but de fendre en deux le monde / - acceptable inacceptable », le très beau texte, brûlant, secret, de comment j'ai débusqué les bêtes est de Matt Hilton, écrivain et peintre.
En cet automne tardif et ce précoce hiver si froid de 09-10, j'avais à creuser un travail émotionnel, sorte d'épreuve chirurgicale dentaire; c'est alors que Philippe Parage, le lithographe avec qui j'avais travaillé l'année précédente, me demanda si je voulais bien collaborer à un livre, si j'avais des idées
(il avait déjà à son actif, sans que je le sache, un programme de publications choisies).
On pourrait dire qu'en un état émotionnel extrême, dans une mécanique de char d'assaut, je bataillais avec le cartilagineux et la puanteur du sexe - J'ai en quelque sorte pris tout ce foutoir dans lequel j'étais, et j'arrivais à en extraire le fil de la mémoire originelle - Je trouvais que je possédais des images et des fragments de textes qui commençaient à enfler sur cette ligne, de manière chronologique, jusqu'à ce que chaque image rende ses mots - Alors je commençais à dessiner sur la pierre, cherchant l'essentiel au travers d'une multitude d'essais, enfance, adolescence, mariage, folie, chagrin d'amour -
Je travaillais avec Philippe à les amener à une texture suffisamment lumineuse, une densité, un véritable écho.
Pour moi, mettre cette part de ma vie dans un livre (vie aujourd'hui radicalement changée), dénature le sens du contenu et cela m'inspire un processus de jeu entre l'artefact et l'artifice.
J'ai tenté de distiller certains de ces textes pour que le tout se fluidifie et permette à l'il d'attraper simultanément les images et les mots sur l'image, de sorte que le goût dans la petite cuillère et la stimulation cérébrale soient réunis dans le même canal.
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